23

L’attelage nous ramena jusqu’à la ville, que nous traversâmes jusqu’aux jardins du palais. Une ou deux fois encore, j’implorai la princesse de me donner ne fut-ce qu’un aperçu de ce qu’il adviendrait le soir venu, mais elle demeura inflexible face à ma curiosité. Ce ne fut que lorsque nous descendîmes de voiture, au moment où sa grand-mère et elle allaient prendre congé pour rejoindre le quartier des femmes, qu’elle fit référence à notre rendez-vous :

— Quand la lune se lèvera, dit-elle. Près du gulsa’at.

J’eus quand même à subir une épreuve mineure avant cela. Quand je revins à ma chambre, Karim m’informa qu’on me faisait l’honneur de dîner ce soir en compagnie du shah Zaman et de la shahryar Zahd. C’était, à n’en pas douter, un signe de haute considération de leur part, compte tenu de mon âge et de ma faible importance, en l’absence de mes ambassadeurs de père et d’oncle. Mais, dois-je le confesser, je n’appréciai pas cet honneur à sa juste valeur et, lorsque je m’assis à la table royale, je n’avais qu’une idée en tête : en finir le plus tôt possible. Il faut dire que, pour une raison assez évidente, je me sentais quelque peu mal à l’aise en compagnie des parents d’une jeune fille qui m’avait invité à partager une zina la nuit même. (Quant à la seconde fille censée participer peu ou prou à ces agapes, je savais que le shah en était le père, mais il m’était impossible de deviner qui était sa mère.) Aussi bavais-je littéralement à la simple pensée de ce qui se préparait, bien que je n’en eusse pas encore d’idée précise. Incapable de refréner l’activité de mes glandes salivaires, j’eus du mal à savourer l’exquis repas qui nous fut servi et dus assurer les nécessités de la conversation. Fort heureusement, la loquacité de la shahryar me dispensa d’avoir à répondre de façon plus détaillée que d’un furtif « oui, Votre Majesté », d’un « vraiment ? » ou encore d’un « comment cela ? ». Car elle racontait, racontait, sans que rien pût l’arrêter. Quant à la fiabilité des histoires qu’elle débitait, j’avais à ce sujet plus que de sérieux doutes.

— Alors, comme cela, interrogea-t-elle, vous avez visité la grotte des tisserands de qali, aujourd’hui ?

— Oui, Votre Majesté.

— Savez-vous que, jadis, des qali magiques, ou tapis volants, pouvaient transporter quelqu’un dans les airs ?

— Vraiment ?

— Oui, en vérité. L’homme n’avait qu’à monter sur le tapis et lui demander de l’emmener n’importe où, fût-ce au bout du monde, le tapis y allait aussitôt, survolant des montagnes, des mers et déserts, le déposant en un simple battement de cils à l’endroit désiré.

— Comment cela ?

— Mais tout simplement. Laissez-moi vous narrer l’histoire de ce prince dont la bien-aimée avait été enlevée par l’immense oiseau Rukh, ce dont il était inconsolable. Un djinn lui procura un qali volant et, grâce à lui...

L’histoire s’acheva enfin, ainsi que le repas, soulageant du même coup mon interminable attente. Alors, tel le prince de l’histoire, je m’empressai d’aller rejoindre ma princesse bien-aimée. Elle se trouvait près du cadran floral, pour la première fois débarrassée de sa vieille bique de chaperon. Elle me prit la main et me conduisit le long des allées du jardin, autour du palais, jusqu’à une aile dont je n’avais jusqu’alors pas même soupçonné l’existence. Comme toutes les autres issues de la résidence royale, ses portes étaient gardées, mais la princesse et moi n’eûmes qu’à attendre un instant, dissimulés derrière un massif de fleurs, que les deux gardes eussent détourné la tête. Ils le firent exactement en même temps, agissant comme sur commande, si bien que je me demandai, l’espace d’une seconde, si la princesse ne les avait pas corrompus à cette fin. Nous nous glissâmes tous deux à l’intérieur incognito, du moins personne ne nous interpella-t-il, et la princesse me guida à travers plusieurs couloirs curieusement dépourvus de gardes, eux aussi. Après avoir tourné et retourné, nous franchîmes une dernière porte non surveillée.

Nous nous trouvions dans sa chambre, un lieu orné de splendides qali, où pendaient un peu partout des draperies presque transparentes aux couleurs pastel et des rideaux diaphanes, tous disposés dans une délicieuse confusion apparente mais soigneusement préservés des lampes qui brillaient çà et là, tout autour. La pièce était tapissée d’un invraisemblable amoncellement de poufs et de coussins si nombreux que je ne pouvais distinguer ceux qui formaient le divan de ceux qui composaient le lit de la princesse.

— Bienvenue dans mes appartements, Mirza Marco, prononça-t-elle. Et bienvenue à ceci, également.

Sans que je comprenne bien comment, elle dut défaire un simple nœud ou ouvrir un fermoir retenant ses vêtements car ils tombèrent tous ensemble, d’un seul mouvement. Elle se tint ainsi debout devant moi, dans la chaude lumière des lampes, juste vêtue de sa beauté, de son sourire provocant et de l’unique bijou qu’elle avait conservé, élégamment fixé dans l’arrangement élaboré de ses boucles noires, formé de trois cerises d’un rouge éclatant.

Sur les teintes opalescentes de la pièce, la princesse ressortait de façon vivante et colorée, en rouge, noir, vert et blanc : rouge des cerises sur le coussin d’ébène de ses nattes, émeraude de ses prunelles dans l’écrin noir de ses longs cils, vermeil de ses lèvres sur son visage d’albâtre, pourpre des mamelons érigés, sombres courbes de ses boucles intimes nichées au creux d’un corps d’ivoire... Son sourire s’agrandit encore lorsqu’elle vit mon regard errer sur l’affolante nudité de ses formes, l’envelopper de haut en bas puis remonter de nouveau, jusqu’à se fixer sur les trois ornements insolites de sa chevelure, ce qui lui fit dire :

— Aussi brillantes que des rubis, n’est-ce pas ? Mais bien plus précieuses, car les cerises finissent un jour par se flétrir. À moins, bien sûr..., insinua-t-elle d’un ton enjôleur en se passant doucement la langue sur la lèvre supérieure, que quelqu’un ne désire venir les manger ?

Là-dessus, elle éclata de rire.

J’étais aussi pantelant que si j’avais arpenté tout Bagdad en courant jusqu’à cette chambre enchantée. D’un geste timide, je m’approchai lentement d’elle jusqu’à une longueur de son bras, qu’elle étendit pour tâter d’une main douce la partie la plus proéminente de mon être.

— Ça va, souffla-t-elle, l’air approbateur. Il est ardent, et tout prêt pour la zina. Enlève tes vêtements, Marco, pendant que je vais m’occuper des lampes.

Je me dévêtis docilement, quoique caressant toujours d’un regard fasciné son corps gracieux. Elle évoluait de façon aérienne à travers la pièce, mouchant les chandelles l’une après l’autre. L’espace d’un instant, Phalène se tint devant la lueur d’une lampe et, bien qu’elle eût les jambes serrées, je vis transparaître à la jointure supérieure de ses cuisses, juste au-dessous de son artichaut, un minuscule triangle de lumière, comme un fanal qui me faisait signe. Les paroles lointaines d’un garçon de Venise me revinrent alors en mémoire, selon lesquelles ceci était la marque indubitable d’une femme « exceptionnelle au lit ». Quand toutes les lampes furent éteintes, elle revint vers moi dans l’obscurité.

— J’aurais aimé que tu laisses de la lumière, lui dis-je. Tu es si belle, Phalène, c’est un délice de te regarder...

— Ah, mais les lampes sont fatales aux papillons de nuit, répondit-elle, partant d’un nouveau rire. Le clair de lune est assez puissant pour que tu me voies, sans rien distinguer d’autre. Maintenant...

— D’accord, maintenant ! lançai-je en un joyeux écho, et je fis un brusque mouvement vers l’avant qu’elle sut adroitement esquiver.

— Une minute, Marco ! Tu as oublié ? Ce n’est pas moi, ton cadeau d’anniversaire.

— Ah oui, c’est vrai, grommelai-je. J’avais oublié ça. Ta sœur, je me souviens, à présent. Mais pourquoi t’es-tu entièrement dénudée, Phalène, si c’est elle qui doit... ?

— Je t’ai dit que je t’expliquerais cette nuit. Et je vais le faire, si tu veux bien arrêter de tâtonner comme ça dans le noir. Écoute-moi bien, à présent. Ma sœur, qui est aussi une princesse de sang royal, n’a pas subi la mutilation du tabzir quand elle était bébé, car on espérait qu’elle ferait un jour un mariage princier. C’est donc une femme dans toute l’acception du terme, dotée de tous ses organes et en possession de tous les désirs et capacités qu’elle peut offrir. Pour son malheur, la pauvre fille s’est avérée, en grandissant, tristement contrefaite. Il se trouve qu’elle est affreusement laide, je ne puis t’expliquer à quel point.

Incrédule, je rétorquai :

— Nulle part au palais je n’ai vu une telle créature.

— Bien sûr que non. Elle ne souhaiterait en aucun cas que quelqu’un la dévisage. Terriblement disgracieuse, elle n’en est pas moins sensible. Aussi ne quitte-t-elle jamais ses appartements personnels, ici dans le quartier des femmes, afin d’éviter de croiser ne serait-ce qu’un enfant ou même un eunuque, qui en ressortirait horrifié.

— Madré mia, murmurai-je. Mais jusqu’où s’étend sa laideur, Phalène ? Est-ce limité à son visage ? Son corps est-il lui-même mal formé ? Est-elle bossue ? Que sais-je...

— Chut ! Elle attend derrière la porte et pourrait bien t’entendre. Je baissai d’un ton.

— Comment s’appelle-t-elle ?

— C’est la princesse Shams. Elle n’a pas de chance, car ce nom signifie en persan « Lumière du Soleil ». Bon, si tu veux bien, ne nous étendons pas sur son indicible hideur. Qu’il te suffise de savoir que cette pauvre sœur a depuis longtemps abandonné l’idée de réaliser quelque mariage que ce soit ou même d’attirer les faveurs d’un éphémère amoureux. Aucun homme ne supporterait de la voir au grand jour, ni ne pourrait même la palper dans le noir tout en gardant sa lance assez tendue pour la zina.

— Che bragal marmonnai-je, parcouru d’un frisson d’effroi.

Si Phalène n’avait pas été en cet instant visible, même si ce n’était que sa silhouette, je crois que ma propre lance serait retombée bien mollement.

— En revanche, je peux te l’assurer, ses parties intimes sont intactes. Et elles ne demandent qu’à être tout à fait normalement comblées et parcourues. J’aime ma sœur Shams, tu sais, et je veux lui venir en aide, c’est pourquoi elle et moi avons élaboré un plan : dès qu’elle repère, depuis sa retraite cachée, un homme qui capte son attention, je l’invite ici et...

— Vous l’avez donc déjà fait ? chevrotai-je, consterné.

— Imbécile d’infidèle, bien sûr que nous l’avons déjà fait ! Et plus d’une fois, crois-moi. C’est pourquoi je peux te promettre que tu vas aimer. Beaucoup s’en sont déjà régalés, tu sais.

— Tu as dit que c’était un cadeau d’anniversaire...

— Dédaignerais-tu un présent simplement parce qu’il t’est offert par une personne généreuse ? Détends-toi et écoute. Voilà comment nous procédons. Toi, tu te mets sur le dos. Moi, je reste étendue sur le côté et allongée sur ton torse, de façon que tu m’aies toujours devant toi, bien visible. Pendant que toi et moi nous adonnerons à toutes les caresses et coquineries possibles – nous ferons tout ce que tu veux, excepté l’acte ultime –, ma sœur se glissera jusqu’ici en silence et prendra son plaisir avec la partie inférieure de ton corps. Pas une seconde tu ne verras Shams ni même ne la toucheras, hormis avec ton zab, et celui-ci n’aura rien de répugnant à subir, fais-moi confiance. Pendant ce temps, tu ne verras et ne sentiras que moi. Tous les deux, nous nous aguicherons jusqu’aux limites de l’extrême, de sorte que, quand la zina s’accomplira en bas, tu n’auras pas même conscience que ce n’est pas avec moi que tu l’effectues.

— Tout ceci est grotesque !

— Tu peux bien sûr parfaitement décliner l’offre, jeta-t-elle, soudain très froide.

Mais elle se rapprocha de façon à m’effleurer subrepticement du doux contact de son sein, et je sentis bien qu’il n’avait rien de froid.

— Ou bien alors tu peux t’abîmer avec moi dans un délice total tout en accomplissant une bonne action au profit d’une pauvre créature condamnée à la réclusion et à l’anonymat. Alors... souhaites-tu décliner cette offre ? (Sa main palpa la réponse.) Ah, je savais bien que non... Je savais bien que tu saurais te montrer gentil. Très bien, Marco, allongeons-nous, tu veux ?

C’est ce que nous fîmes. Je demeurai couché sur le dos, comme exigé, Phalène étendit son corps de rêve en travers de mon torse, de façon que je ne pusse rien voir au-dessous de celui-ci, et nous nous laissâmes aller aux délicieux préludes de la musique des sens. Elle promena délicatement ses ongles sur mon visage, dans ma chevelure et sur mon torse, je fis de même avec elle, et, à chaque contact, quel que fût l’endroit que nous touchions, nous ressentions l’espèce de frisson piquant que l’on éprouve lorsqu’on caresse la fourrure d’un chat à rebrousse-poil. Mais, en réalité, il n’y avait aucun geste désagréable dans les caresses qu’elle me prodiguait ni dans celles que je me permettais sur elle, comme je le découvris peu à peu. Les pointes de ses seins enflaient joyeusement aux sollicitations de mes doigts, et, même dans la lumière diffuse, je pouvais lire l’abandon dans ses yeux et sentir sur ses lèvres la vigueur de sa passion.

— Pourquoi appelles-tu ça « jouer de la musique », souffla-t-elle doucement au beau milieu de nos étreintes. C’est mille fois plus agréable que la musique, non ?

— C’est vrai, tu as raison, admis-je au bout d’un instant de réflexion. J’avais oublié le genre de musique que vous jouiez ici, en Perse...

De temps à autre, elle étendait une main vers le bas de mon corps, pour en caresser une partie qu’elle dérobait à ma propre vue, et, chaque fois, elle déclenchait en moi un désir irrésistible. Mais elle prenait soin d’arrêter son geste juste au bon moment, ou j’aurais, je crois, explosé sous la simple pression insistante de ses doigts. Elle me laissa à son tour descendre ma main vers son entrejambe, se contentant de me chuchoter :

— Doucement, avec les doigts. Juste le zambur... Pas à l’intérieur, rappelle-toi.

Cette simple manipulation suffit cependant à l’emmener plusieurs fois au paroxysme de la jouissance.

Un peu plus tard, elle escalada ma poitrine, le torse droit, ses boucles intimes affleurèrent doucement devant mon visage, et son mihrab se trouva bientôt juste à portée de ma bouche. Elle me murmura alors :

— La langue ne peut déchirer la membrane du sangar. Tu peux me faire, avec elle, tout ce que tu veux.

Bien que la princesse ne portât nul parfum, cette partie d’elle-même embaumait très légèrement la fougère fraîche ou la laitue. Et ce qu’elle avait dit de son zambur n’était nullement exagéré. J’avais l’impression d’avoir le bout d’une autre langue contre la mienne, et on aurait dit qu’il léchait, se mouvait et fouillait à l’unisson de mes propres mouvements. Ceci amena Phalène à jouir d’un long orgasme, juste déclinant et croissant par moments en intensité, à l’image du gémissement continu qu’elle ne cessait d’émettre en guise d’accompagnement.

Jusqu’aux limites de l’extrême, avait dit Phalène, et ces limites nous les atteignîmes. Lorsque j’éjaculai pour la première fois, j’eus vraiment la sensation que c’était en quelque sorte dans son mihrab que je le faisais, même si le sien était toujours chaud et humide tout contre ma bouche. Ce ne fut qu’en reprenant un peu mes esprits que je constatai qu’une autre personne du sexe féminin devait être montée à califourchon sur la partie inférieure de mon corps. Ce ne pouvait être que Shams, la fameuse sœur recluse. Je ne pouvais la voir, je ne désirais ni n’essayais de le faire, mais, à son faible poids sur moi, j’en déduisis que l’autre princesse devait être frêle et de petite taille. Je détournai ma bouche de la motte avidement poussée vers elle pour demander :

— Ta sœur est-elle beaucoup plus jeune que toi ?

Comme rappelée à contrecœur d’un endroit fort éloigné, elle se ménagea dans son extase une pause juste suffisante pour me répondre, le souffle court :

— Non... Pas tellement...

Et elle repartit immédiatement vers un lointain éden, où je la suivis, donnant le meilleur de moi-même pour l’emmener plus loin et plus haut encore. Je finis par la rejoindre à plusieurs reprises au sein de cette exultation échevelée et ne tardai pas à faire jaillir de nouveau ma semence dans le mihrab étranger, sans me préoccuper désormais de savoir à qui il pouvait appartenir mais en conservant une conscience suffisante de mes actes pour entretenir le vague espoir que la princesse cadette disgracieuse, Lumière du Soleil, jouissait autant de mon corps que moi du sien.

Cette zina tripartite se prolongea longtemps. Il faut dire que la princesse Phalène et moi-même, tous deux au printemps de notre jeunesse, étions capables de continuer à nous attiser mutuellement et d’engendrer d’incessantes nouvelles floraisons. La princesse Shams, pour autant que je puisse en juger, récoltait pour sa part avec une intense jubilation chacun de mes nouveaux bouquets. Pourtant, vint le moment où même l’infatigable Phalène sembla rassasiée, et ses frissons allèrent decrescendo, tandis qu’épuisé mon zab retrouvait peu à peu, lui aussi, sa position de repos. Mon membre était alors complètement à vif et échauffé, les muscles de ma langue douloureux, et mon corps comme vidé de toute énergie. Phalène et moi nous accordâmes un instant de récupération, tandis que, toujours allongée en travers de mon torse, elle laissait sa chevelure caresser doucement mon visage. Les trois cerises décoratives, abondamment secouées par notre furie, étaient tombées depuis longtemps. Pendant que nous gisions ainsi, je sentis sur mon ventre la trace humide d’un baiser et, peu après, un bruissement furtif trahissait la sortie discrète de Shams de la pièce où nous nous trouvions.

Je me levai et me rhabillai, tandis que la princesse Phalène se glissait dans une tunique si légère qu’elle ne couvrait que symboliquement sa nudité. Elle me guida à travers les couloirs du quartier des femmes jusqu’aux jardins du palais. Du haut d’un minaret voisin, le premier muezzin du jour se mit à entonner l’appel à la prière de l’aube. Sans être le moins du monde inquiété par les gardes, je retrouvai mon chemin vers l’endroit du palais où se trouvait ma chambre. Mon serviteur Karim m’y attendait, consciencieusement réveillé. Il m’aida à me déshabiller pour passer au lit, non sans émettre quelques exclamations mêlées de crainte et de respect devant l’extrême fatigue lisible sur mes traits.

— Il semble que la lance du jeune Mirza Marco ait trouvé sa cible..., se permit-il, mais il ne se hasarda pas à poser de questions plus audacieuses.

Il renifla juste d’un petit air pincé, apparemment froissé que je n’eusse plus besoin de ses manipulations, et alla se coucher à son tour.

Mon père et mon oncle restèrent absents de Bagdad au moins trois semaines. Durant tout ce temps, je passai presque chaque jour escorté par la shahzrad Magas, son inévitable grand-mère sur les talons, à découvrir toutes les curiosités qu’elle voulait bien me montrer, et, toutes les nuits ou presque, à m’adonner à de voluptueuses zina en compagnie des sœurs royales, Phalène et Lumière du Soleil.

Parmi nos visites diurnes, il y eut, par exemple, celle de la maison des hallucinés, établissement qui combinait les fonctions d’hôpital et de prison. Nous nous y rendîmes un vendredi, jour de repos durant lequel le lieu est plus particulièrement visité par les citoyens venus y passer un moment de loisir, ainsi que par des étrangers de passage, car il s’agit de l’une des principales distractions de Bagdad. Les gens s’y rendent en famille ou en groupe, sous la conduite de guides. À l’entrée, chacun se voit remettre une blouse afin d’en recouvrir ses vêtements. Ensuite, on flâne parmi les couloirs du bâtiment, où les guides vous décrivent les différentes sortes de folie des pensionnaires. Tous ces malades, hommes ou femmes, déclenchaient par leurs burlesques bouffonneries force rires et commentaires. Certaines de leurs clowneries étaient franchement comiques, d’autres plus pathétiques, voire carrément obscènes. Parfois, leurs exactions se signalaient simplement par la plus abjecte saleté. Certains des internés, n’appréciant pas notre présence, cherchaient par exemple à nous lancer tout ce qui leur tombait sous la main. Mais comme on les laissait en général aller presque nus et les mains vides, les seuls projectiles dont ils parvenaient à nous bombarder étaient leurs propres excréments... Nous saisîmes alors le bien-fondé de la blouse qui nous avait été distribuée et fumes bien aise de pouvoir, grâce à elle, nous sentir protégés.

Parfois, au cours des nuits que nous passions avec la princesse, j’eus l’impression d’être moi-même, comme l’un de ces internés, soumis à de bien étranges exhortations et suggestions. La troisième ou la quatrième fois que nous nous retrouvâmes pour nos câlins nocturnes, avant que la jeune sœur se glissât subrepticement dans la chambre et alors que Phalène et moi, à peine dévêtus, en étions aux préliminaires, elle cessa de faire folâtrer ses mains sur moi pour lâcher :

— Ma sœur Shams aurait une faveur à te demander.

— Voilà bien ce que je craignais, me récriai-je. Elle souhaiterait se passer de ton intermédiaire et prendre ta place en haut, c’est cela ?

— Certainement pas. Jamais elle ne ferait une chose pareille. Cet arrangement nous convient parfaitement, tel quel. À un seul détail près.

Je me contentai de grogner, circonspect.

— Je te l’ai dit, Marco, Lumière du Soleil a pratiqué la zina maintes et maintes fois déjà. Elle y a même tant et tant sacrifié, et avec une telle générosité, que le mihrab de la pauvre fille s’en est quelque peu distendu, à la longue. Pour être franche, disons qu’elle est aussi large en bas qu’une femme qui aurait eu beaucoup d’enfants. Aussi, son plaisir, dans notre zina, en serait d’autant plus grand si le volume de ton zab pouvait être renforcé par...

— Non ! clamai-je d’un ton décidé, essayant de me dégager de son emprise en glissant en crabe vers le côté. Pas question qu’on se livre sur moi à une quelconque opération visant à...

— Attends ! protesta-t-elle. Calme-toi. Je ne suggère rien de tel.

— Je ne sais pas ce que tu as en tête, dans ce cas, et pourquoi tu tiendrais tant à modifier mes mensurations, m’indignai-je, gigotant toujours. J’ai déjà vu le zab d’un certain nombre d’Orientaux, et il se trouve que le mien les surpasse assez largement. Je refuse donc toute...

— J’ai dit calme-toi ! Tu as un zab admirable, Marco. Il suffit presque à emplir ma main. Et je n’ai aucun doute sur le fait qu’en longueur comme en circonférence il suffit parfaitement à satisfaire Shams. Elle suggère juste une petite amélioration qualitative de tes performances.

Voilà qui était à présent carrément vexant.

— Aucune autre femme ne s’est jamais plainte de mes performances ! tempêtai-je. Et si cette demoiselle est aussi repoussante que tu l’affirmes, je la trouve mal placée pour émettre la moindre critique quant aux faveurs qu’on lui accorde !

— Écoutez-moi ce beau parleur, répliqua Phalène d’un ton moqueur. As-tu idée du nombre d’hommes qui rêvent, sans aucune chance de succès, de s’allonger au lit avec une princesse royale ? De seulement voir d’une telle princesse le visage non voilé ? Là, tu en as deux avec toi complètement nues, toutes dévouées à tes fantasmes, chaque nuit ! Et tu oserais refuser à l’une d’entre elles un tout petit caprice ?

— Bon..., concédai-je, dompté. C’est quoi, ce caprice ?

— Il existe une façon de décupler les sensations d’une femme nantie d’un large orifice. Cela n’accroît pas le zab en lui-même, mais juste le... comment appelles-tu cette partie arrondie qui se trouve au bout ?

— En vénitien, c’est la fava, le gros haricot. En farsi, je crois qu’on dit la lubya.

— Très bien. J’ai remarqué, évidemment, que tu n’étais pas circoncis, et c’est tant mieux, car ce raffinement ne peut être pratiqué avec un zab circoncis.

Elle me montra, ceignant mon membre de sa main et tirant en arrière la peau du prépuce aussi loin qu’elle pouvait aller tout en enserrant un peu plus fort sa base entre ses doigts.

— Tu vois ? Ton gros haricot enfle, visiblement.

— Oui, mais ce n’est pas spécialement agréable, je te signale, et ça fait même mal.

— C’est très bref, Marco, cela reste donc supportable. Tu n’as qu’à le faire juste au moment où tu t’introduis. Shams assure que cela procurera aux lèvres de son mihrab la délicieuse sensation d’être écartées. Comme une sorte de viol ardemment désiré, selon ses propres termes. Les femmes adorent cela, paraît-il. Encore ne le saurai-je, pour ma part, que lorsque je serai mariée.

— Dio me varda, marmonnai-je.

— Et, bien sûr, il va de soi que tu n’auras pas à le faire toi-même, risquant ce faisant de toucher l’horrible corps de Lumière. Elle pratiquera ce petit étirement grossissant par elle-même, avec sa propre main. Elle demandait juste ta permission.

— Mademoiselle aurait-elle encore envie de quelque chose ? crachai-je d’un ton acide. Dis donc, pour une créature monstrueuse, elle a l’air sacrement tatillonne !

— Non, mais je rêve, vous entendez ça ? se gaussa encore Phalène. Te voilà dans une compagnie que tout homme t’envierait, avec des créatures de sang royal qui t’enseignent des pratiques sexuelles que la plupart ignorent... Tu nous seras reconnaissant, Marco, le jour où tu voudras faire jouir une femme au mihrab desserré : tu nous béniras, ce jour-là, de t’avoir appris cette astuce. Et, à son tour, elle t’en sera reconnaissante. Maintenant, avant que Lumière arrive, j’aimerais que tu me procures à moi aussi, une fois ou deux, l’occasion de t’être reconnaissante. En d’autres termes...

Marco Polo 1 - Vers l'orient
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